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Thérèse de Dillmont: la passion d'une vie


Thérésa Maria Josepha von Dillmont naît à Vienne le 28 octobre1846. Elle est la dernière d’une fratrie de cinq enfants. Son père Ferdinand von Dillmont, noble de Kromtadt, embrasse la carrière militaire puis  intègre le génie civil. Il épouse Franziska Schewndtenwein en 1838. La famille habitera Giebenburgen  jusqu’à la mort de Ferdinand, en 1857. Franziska et ses enfants s’installent à Vienne et la mère de Thérèse demande à l’empereur François Joseph, de pourvoir à l’éducation de ses filles, comme c’était la coutume, pour les orphelines nobles.

Thérèse et sa soeur Franziska sont admises, en 1864, à l’Académie Royale de Broderie de Vienne, fondée par l’impératrice Marie-Thérèse. Elle y suit des cours avec les plus grands artistes brodeurs. Très tôt, Thérèse montre des prédispositions exceptionnelles pour  la broderie d’art et se fait remarquer par ses dons brillants.  
Ses études terminées, elle ouvre avec Franziska, qui prend  le nom de Fanny, un magasin de broderie et de passementerie et y donne des cours. Fanny restera à Vienne, où elle publiera deux ouvrages sur le crochet, sous le nom de Fanny von Dillmont. Elle mourra en 1920 et sera enterrée à Wiener Neustadt.
Au cours de son voyage à Paris, pour l’Exposition Universelle de 1880, où elle accompagne la Directrice de l’Académie Royale, Emilie Bach, Thérèse fait la connaissance de Jean Dollfus Mieg, Directeur des entreprises Dollfus Mieg et &.
Outre la sympathie immédiate qui va les rapprocher, Jean Dollfus va très vite comprendre l’intérêt d’une collaboration professionnelle,  avec cette jeune femme exceptionnellement douée et à la créativité féconde. En effet, il ne suffit pas de fabriquer et de vendre du fil. Encore faut-il  fournir à la clientèle, l’idée qui va avec. Et cela, Jean Dollfus Mieg va très vite le comprendre. Thérèse de Dillmont est la seule qui puisse amener la marque à explorer de nouvelles sources d’inspiration. Jean Dollfus  persuade Thérèse de venir s’installer en France et de travailler pour lui.
Elle s’installe à Dornach, petite ville près de Mulhouse, et avec la collaboration étroite et le financement de DMC,  fonde sa propre école de broderie.
Par contrat, elle devient la créatrice attitrée de la maison DMC. Dans ce contrat, daté du 26 octobre 1884, dont l’original n’a pas été encore retrouvé, une clause stipule qu’il lui est interdit de se marier tant qu’elle travaillera pour la marque. Cette clause inhabituelle était-elle motivée pour  ne pas perdre, par le mariage, le patronyme de Dillmont, indissociablement lié à la marque DMC ? C'est très probable.
Thérèse de Dillmont va pendant dix ans, se consacrer entièrement à DMC, en imaginant et créant d’innombrables modèles pour l’aiguille, le crochet ou la dentelle, des études de points, des motifs de broderie ou de tapisserie. Ces essais sont visibles dans la collection  dite « des Cadres Noirs » de la Collection DMC, aux  Archives Municipales de Mulhouse. (Voir la galerie de photos ci dessous)
Outre ses études et ses recherches,  Thérèse de Dillmont va collecter dans le monde entier, des milliers d'exemplaires  de broderies locales, de tissus folkloriques et de motifs ethniques, qui lui serviront, ainsi qu’à ses élèves, d’inspiration ou de bases de travail.
Mais sa plus grande réalisation reste la rédaction de l’Encyclopédie des Ouvrages de Dames, publiée en 1886,  à plus de deux millions d’exemplaires, et traduite dans dix sept pays. Cet ouvrage rassemble le résultat de ses nombreuses années d’études et de recherches, inspirées par la broderie populaire. Il enseigne  aux femmes comment broder, crocheter et réaliser avec art, des centaines de  modèles par le biais de dizaines de techniques.
En 1889, Thérèse de Dillmont épouse l’homme d’affaires Joseph Friedrich Scheuermann et renonce à son partenariat professionnel avec DMC. Victime de l’épidemie de grippe qui sévit à cette époque, elle meurt, 4 mois après son mariage, le 22 mai 1990, à Baden-Baden. Elle y sera inhumée jusqu’en 1909, date à laquelle ses cendres seront  transférées dans le caveau familial de Wiener Neutsadt. C'est Alice Morowska, sa nièce et élève, qui reprendra la direction de l'école de Dornach et poursuivra l'enseignement de sa fondatrice.
Pour rédiger son Encyclopédie des ouvrages de dames, Thérèse de Dillmont s’est, très certainement, inspirée d’ « Ouvrages nouveaux de style ancien » écrit par Emilie Bach, directrice de l’Académie Royale. On lui doit également « Album de broderies au point de croix », « La broderie sur lacis », « Alphabets et Monogrammes », « Le macramé », « Le filet Richelieu », «  La broderie au passé », « La soutache et son emploi ».

La créativité et la passion de Thérèse de Dillmont pour les travaux d'aiguille, a été à l'origine de la création et de la conservation d'un des patrimoines artistiques les plus riches, de l'histoire industrielle française. On peut cependant se demander, si la marque DMC aurait atteint sa notoriété internationale, sans la contribution extraordinairement originale et prolifique de Thérèse de Dillmont. Aujourd'hui encore, des milliers de femmes anonymes se réclament de ses enseignements, au travers de cette oeuvre majeure dans l'histoire des arts du fil, qu'est l' Encyclopédie des Ouvrages de Dames.

Les photos de la galerie sont tirées de la Collection DMC, des Archives Municipales de Mulhouse.
Elles sont interdites de reproduction, tous droits réservés.
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